Alors que les bruits de bottes s’estompent dans les rues d’Uvira, le Gouverneur de province, Jean-Jacques Purusi Sadiki, appelle à ne pas céder à un triomphalisme prématuré.
Dans une communication officielle, l’autorité provinciale dessine les contours d’une transition sécuritaire fragile, marquée par des menaces asymétriques et un pillage industriel des infrastructures de base.
La ville d’Uvira respire, mais ses habitants restent tendus, leurs cœurs battant au rythme incertain de la paix retrouvée. Derrière l’annonce du retrait pour la deuxième fois des troupes du M23, soutenues par le Rwanda, se cache une réalité brisée : des familles qui espèrent, des enfants qui rêvent de retourner à l’école, et des voix qui peinent à croire que la sécurité est réelle. Ce tournant dans la crise au Sud-Kivu n’est pas seulement politique, il est humain chaque jour sans violence devient un miracle pour ceux qui ont vécu l’enfer.
Cependant, pour le Gouverneur Jean-Jacques Purusi Sadiki, ce mouvement de troupes s’apparente davantage à une mutation de la menace qu’à une paix définitive.
L’autorité provinciale met en garde contre une stratégie de « l’ennemi de l’intérieur ». Selon les services de renseignement, des éléments armés auraient troqué l’uniforme contre des habits civils pour se fondre dans la population urbaine.
L’objectif : orchestrer un chaos interne pour justifier un retour en force de la rébellion. Au-delà du risque d’infiltrations, c’est une véritable « guerre des mines » et de positionnement sur les hauteurs environnantes qui menace la stabilité de la ville d’Uvira.
Le bilan matériel dressé par le Gouverneur est lourd. Ce retrait ne se fait pas les mains vides. Les infrastructures clés, censées apporter le développement de la ville, ont été méthodiquement démantelées. Des stocks de matériaux de construction routière aux usines de transformation agro-industrielle, le Sud-Kivu fait face à un sabotage économique qui vise à paralyser l’administration provinciale pour les mois à venir.
Plus inquiétant encore, l’autorité dénonce une tentative d’effacement de la mémoire administrative et scolaire de la province, ciblant les archives de centres d’enseignement historiques. Une stratégie qui semble viser à brouiller les pistes sur l’identité et le parcours de certains acteurs du conflit.
[ ÉCOUTER : Déclaration du Gouverneur Jean-Jacques Purusi sur la situation à Uvira ]
L’un des points les plus saillants de l’intervention de Jean-Jacques Purusi est son appel à la protection des minorités, particulièrement la communauté Banyamulenge. Le Gouverneur dénonce une manipulation visant à forcer ces populations vers l’exil pour alimenter un narratif de victimisation internationale.
En rappelant le caractère multisociétal du Sud-Kivu, il exhorte les forces de défense FARDC et les groupes d’autodéfense Wazalendo à garantir la sécurité de tous les citoyens, sans distinction ethnique, afin de couper l’herbe sous le pied de ceux qui utilisent les tensions communautaires comme moteur de guerre.
Alors que le retour à la normale est promis « dans les prochains jours », le mot d’ordre reste la résilience. Le Gouverneur promet de rebâtir sur les ruines, avec l’ambition de faire du Sud-Kivu une « Suisse de l’Afrique », un projet qui passera d’abord par la sécurisation totale du territoire avant toute relance économique.