Rwanda–Royaume-Uni : un partenariat migratoire avorté, désormais devant l’arbitrage international

Le différend entre le Rwanda et le Royaume-Uni autour du partenariat migratoire controversé entre les deux pays a franchi une nouvelle étape judiciaire.

Kigali a officiellement engagé une procédure d’arbitrage contre Londres devant la Cour permanente d’arbitrage, après l’annulation par le gouvernement britannique de l’accord sur la migration et le développement économique (MEDP).

Dans un communiqué publié le 27 janvier 2026, le gouvernement rwandais affirme que cette démarche vise à faire respecter des engagements financiers et humanitaires que le Royaume-Uni aurait, selon lui, abandonnés de manière unilatérale.

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Signé à l’initiative du Royaume-Uni, le MEDP visait à transférer vers le Rwanda certains demandeurs d’asile arrivés illégalement au Royaume-Uni, dans l’objectif déclaré de dissuader les traversées dangereuses de la Manche et de lutter contre les réseaux de passeurs.

Pour Kigali, cet accord s’inscrivait dans une logique plus large de solidarité internationale et de gestion partagée des migrations, le Rwanda mettant en avant son expérience dans l’accueil de réfugiés en provenance de plusieurs régions du monde.

Cependant, dès son origine, le partenariat a suscité de vives critiques de la part d’organisations de défense des droits humains, du Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), ainsi que de la justice britannique. En novembre 2023, la Cour suprême du Royaume-Uni avait jugé le dispositif incompatible avec certaines obligations internationales, notamment en matière de protection contre le refoulement.

Après l’arrivée au pouvoir du gouvernement travailliste en juillet 2024, le nouveau Premier ministre britannique a rapidement annoncé que le projet était « mort et enterré ». Londres a mis fin au programme, estimant qu’il était coûteux, inefficace et juridiquement fragile.

Selon le ministère britannique de l’Intérieur, le dispositif aurait déjà coûté environ 700 millions de livres sterling aux contribuables, pour seulement quatre migrants effectivement transférés vers le Rwanda.

Le gouvernement britannique soutient également que, dans le cadre d’échanges diplomatiques antérieurs, le Rwanda aurait accepté de renoncer à certains paiements futurs, une interprétation que Kigali conteste fermement.

Dans sa procédure d’arbitrage, le Rwanda affirme que le Royaume-Uni reste légalement tenu de verser deux paiements de 50 millions de livres chacun, prévus pour avril 2025 et avril 2026, soit un total de 100 millions de livres sterling.

Le gouvernement rwandais estime que ces sommes sont dues, car l’accord était toujours en vigueur jusqu’à sa résiliation formelle, prévue pour entrer en effet le 16 mars 2026.

Kigali avance trois principaux griefs :

– le non-respect des arrangements financiers convenus,

– la violation d’articles spécifiques du traité relatifs aux paiements,

et le refus britannique de respecter un engagement visant à accueillir au Royaume-Uni une partie des réfugiés les plus vulnérables hébergés au Rwanda.

Du côté britannique, les autorités affirment vouloir « défendre vigoureusement les intérêts des contribuables » et considèrent que l’accord ne produisait pas les effets escomptés en matière de dissuasion de l’immigration irrégulière.

Cette affaire s’inscrit aussi dans un climat diplomatique plus tendu entre les deux pays, notamment en lien avec les accusations occidentales contre le Rwanda concernant le conflit dans l’est de la République démocratique du Congo, accusations que Kigali rejette.

Au-delà des batailles juridiques et financières, ce dossier touche à une réalité humaine complexe : celle de milliers de migrants et de réfugiés fuyant la guerre, la pauvreté ou les persécutions.

Pour certains défenseurs des droits humains, ce type de partenariat externalisant les demandes d’asile pose un risque de déshumanisation des politiques migratoires. Pour d’autres responsables politiques européens, la pression migratoire pousse les États à explorer des solutions controversées mais jugées nécessaires par leurs électorats.

La procédure d’arbitrage pourrait durer plusieurs mois, voire plusieurs années. Son issue sera observée de près, non seulement par Londres et Kigali, mais aussi par d’autres pays européens qui envisagent des mécanismes similaires d’externalisation des demandes d’asile.

Elle pourrait aussi faire jurisprudence sur la solidité juridique de ce type d’accords, à un moment où la question migratoire reste l’un des sujets les plus sensibles et polarisants sur la scène politique internationale.

 

 

 

 

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