Dans une alerte sécuritaire et humanitaire publiée ce 23 décembre, la plateforme Pamoja kwa Amani dresse un tableau sombre de la situation dans l’est de la République Démocratique du Congo. Alors que l’opinion internationale croyait à une désescalade suite aux accords de Washington, la réalité sur le terrain révèle une instrumentalisation des populations civiles, des retraits en trompe-l’œil et une recrudescence des combats.
L’espoir né de l’Accord de paix de Washington du 4 décembre 2025 semble déjà s’effriter. Selon les dernières informations rapportées par l’organisation Pamoja kwa Amani, l’Alliance du fleuve Congo – Mouvement du 23 mars AFC-M23 RDF a mis en place, depuis la mi-décembre, une stratégie de terreur visant à fabriquer une légitimité populaire par la force.
Le rapport dénonce une campagne d’« instrumentalisation et d’intimidation » orchestrée par les rebelles. Des manifestations ont été organisées successivement à Uvira, Kamanyola, Goma et Bukavu entre le 16 et le 23 décembre. L’objectif ? Simuler un soutien populaire pour exiger un dialogue direct avec Kinshasa et s’opposer au départ des troupes rebelles.
Toutefois, derrière les slogans se cachent des menaces de mort. « Les habitants sont contraints de manifester sous la menace de représailles physiques, de massacres ou d’exécutions sommaires », indique Pamoja kwa Amani. Des listes de présence sont imposées par profession, et des messages audio circulant sur les réseaux sociaux confirment ce climat de coercition. À Bukavu, ce matin du 23 décembre, la marche a même enrôlé de force des adolescents, incapables de saisir les enjeux politiques dans lesquels ils étaient projetés.
Cette mobilisation forcée a viré au drame à Bukavu. La ville a été le théâtre d’affrontements violents lorsque des éléments « Wazalendo » ont infiltré les quartiers de Panzi, Essence et Maria Kachelewa pour empêcher la tenue de la manifestation rebelle. Les échanges de tirs à l’arme lourde et légère ont causé la mort de trois civils, victimes de balles perdues et d’éclats d’obus. Pamoja kwa Amani condamne fermement ces violences, rappelant la sacralité de la vie humaine inscrite dans l’article 16 de la Constitution.
L’autre point critique soulevé par l’alerte concerne la ville stratégique d’Uvira. Officiellement libérée par l’AFC-M23 le 16 décembre sous pression internationale, la ville serait toujours sous contrôle rebelle. Si certains contingents ont bougé, les services de renseignement et la police de l’AFC-M23, ainsi que des infiltrés, maintiennent leur emprise.
Le gouvernement congolais et les FARDC qualifient désormais cette manœuvre de « simulacre » et de « redéploiement tactique ». Les combats survenus hier, le 22 décembre, entre Wazalendo et rebelles dans la ville, ainsi que sur la ligne de front de Makobola, confirment que le retrait n’a jamais été effectif.
Dans ce climat de répression, la société civile paie un lourd tribut. L’alerte signale l’arrestation, le 22 décembre, de M. Deogratias Buuma Bitalya, directeur exécutif de l’ONG Action pour la Paix et la Concorde (APC). Détenu au secret par les services de renseignement de l’administration rebelle, les motifs de son arrestation demeurent inconnus. Pamoja kwa Amani exige sa libération inconditionnelle.
Face à l’aggravation de la crise humanitaire, qui pousse des milliers de déplacés vers le territoire de Fizi et des réfugiés vers le Burundi, Pamoja kwa Amani appelle la communauté internationale à réorienter son attention vers la RDC.
L’organisation exhorte l’ONU et les garants de l’Accord de Washington à exiger un retrait « effectif, complet et sans équivoque » des troupes rwandaises et du M23, conformément à la Résolution 2773 du Conseil de sécurité. « Ces populations souffrantes ont aussi droit à la vie », conclut le communiqué, demandant une aide humanitaire d’urgence pour ceux dont le seul crime est de vivre en zone de conflit.