Un vaste mouvement de camions observé entre Bukavu et Uvira les 14 et 15 janvier 2026 suscite de vives préoccupations dans la région.
Selon le communiqué officiel du Gouvernement provincial du Sud-Kivu, des opérations de pillage systématique de biens publics et privés auraient été menées dans la ville d’Uvira par les rebelles du M23 RDF, en contradiction flagrante avec leurs récentes déclarations d’apaisement adressées aux Nations Unies.
Le communiqué du gouvernement provincial indique que 49 camions de marque Wowo ainsi que 113 camions Ben en provenance de Bukavu auraient été présentés comme transportant des militaires en retrait vers la plaine de la Ruzizi, mais auraient au contraire servi au transport illicite de biens appartenant à l’État congolais, ainsi qu’à des particuliers.
Sur le terrain, plusieurs témoins affirment avoir vu une trentaine de camionnettes opérer en pleine journée à Uvira, charger une importante quantité de goudron destiné aux travaux de réaménagement du tronçon RN5 Rond-point Kavimvira – Port Kalundu, avant de quitter la ville vers 20h.
Le Gouvernement provincial confirme que 34 camions chargés de goudron ont été transportés vers le Rwanda dans la nuit du 15 janvier.
Ce goudron était destiné à la réhabilitation des infrastructures routières entreprises par l’État dans le cadre des travaux de modernisation de la RN5.
Par ailleurs, d’autres biens auraient également été emportés : des tricycles appartenant à des particuliers ; des biens divers stockés dans des entrepôts, transférés par la frontière de Kamanyola ; du bétail (vaches, chèvres et autres), conduit vers Bwegera puis vers une destination inconnue.
Le mouvement citoyen MCLA (Mouvement Citoyen pour la Liberté et l’Autodétermination) quant à elle a publié une déclaration condamnant fermement ces faits qu’il qualifie de sabotage économique dans la ville d’Uvira.
Son coordonnateur, Alphonse Mufariji, estime que le pillage des matériaux de construction « constitue un frein direct au développement de la région » et appelle la communauté internationale à prendre des sanctions.
Le Gouvernement provincial considère ces actes comme des infractions graves, rappelant notamment leur interdiction : par l’Article 33 de la IVᵉ Convention de Genève (interdiction du pillage) ; par l’Article 52 du Protocole I relatif à la protection des biens civils et par l’Article 8 du Statut de Rome qui qualifie le pillage de crime de guerre.
Selon le communiqué, ces opérations aggravent : la crise alimentaire à Uvira ; la hausse du coût de la vie ; l’insécurité économique pour une population dépendante de l’agriculture et de l’élevage.
Le Gouvernement provincial évoque même un risque de “punition collective” et alerte sur une stratégie criminelle susceptible d’être qualifiée de crimes contre l’humanité.