Une vive controverse agite le ministère congolais des Droits humains à la suite d’informations contradictoires concernant un financement gouvernemental de près de 4,5 millions de dollars destiné à l’appui des défenseurs des droits humains et à l’évaluation des préjudices liés aux conflits dans l’est du pays.
Selon une correspondance officielle datée du 13 mai 2025, la Première ministre Judith Suminwa Tuluka avait instruit le ministre du Budget de mettre à disposition du ministère des Droits humains une somme de 4 489 890 USD. Ces fonds devaient couvrir les frais du Groupe interdisciplinaire d’experts, les prises en charge des défenseurs déplacés à Kinshasa, ainsi que le monitoring et la collecte des données sur les violations des droits humains en vue du Dialogue interactif de juin 2025 au Conseil des droits de l’homme de l’ONU.
Mais cette opération financière a rapidement suscité suspicion et désinformation.
Des rumeurs diffusées sur les réseaux sociaux ont affirmé que le ministère aurait déjà perçu les fonds et qu’ils auraient été mal gérés. En réaction, le cabinet du ministre des Droits humains, Samuel Mbemba, a publié le 7 octobre un communiqué de presse réfutant catégoriquement ces allégations.
« Le ministère n’a pas reçu la somme de quatre millions de dollars qui appartiendrait à un quelconque groupe de défenseurs des droits de l’homme », précise le document, dénonçant une « campagne médiatique ourdie par des officines proches du Rwanda » visant à discréditer le Forum national des Droits humains.
Le communiqué souligne qu’un dossier technique (DTO 2321/25) existe bien au ministère des Finances, mais que les fonds, non encore décaissés, seront strictement affectés aux activités de monitoring et d’évaluation des préjudices.
En parallèle, un collectif d’acteurs de la société civile issus du Nord-Kivu et du Sud-Kivu s’est insurgé contre ce qu’il qualifie de « simulacre de forum » visant à justifier un détournement. Dans une déclaration du 7 octobre, la Task Force des forces vives affirme que ces fonds auraient dû servir à soutenir les défenseurs des droits humains « victimes de guerre et déplacés depuis plusieurs mois ». Elle appelle le Chef de l’État et la Première ministre à la vigilance, estimant que leur image pourrait être écornée sur le plan international.
Pour sa part, l’ancienne ministre des Droits humains, Maître Chantal Chambu Mwavita, a tenu à clarifier sa position. Dans une mise au point diffusée le même jour, elle dément être à l’origine du communiqué controversé attribué à son nom et rappelle avoir quitté ses fonctions le 13 août 2025, lors de la remise et reprise officielle avec son successeur.
Elle explique que la requête d’appui humanitaire en faveur des défenseurs des droits humains et des déplacés internes avait été introduite durant son mandat et que le dossier était en phase finale au moment de son départ.
« Je ne dois pas être associée à un dossier relevant désormais de la compétence exclusive de mon successeur », souligne-t-elle.
« La remise et reprise au ministère des Droits humains a eu lieu le mercredi 13 août 2025. À cette occasion, Chantal Chambu Mwavita avait officiellement cédé ses fonctions à M. Samuel Mbemba.
Durant son mandat, Chantal Chambu Mwavita, sensible à la situation difficile vécue par les défenseurs des droits humains et par d’autres Congolais déplacés venus de l’Est du pays, avait introduit une requête auprès du gouvernement afin d’obtenir un appui humanitaire en leur faveur. Le 13 mai 2025, la Première ministre Judith Suminwa avait adressé au ministre du Budget une lettre de mise à disposition des fonds au profit du ministère des Droits humains, pour un montant total de 4 489 890,00 USD.
Encore en fonction jusqu’à la fin du mois de juillet 2025, Chantal Chambu avait activement œuvré à faire aboutir ce dossier, qui était à sa phase finale avant son départ du ministère », explique le communiqué signé par la cellule de communication de Chantal Chambu.
Selon plusieurs défenseurs des Droits Humains, Chantal Chambu était à ce ministère comme une mère, maintenant qu’elle est partie, la situation se présente comme une famille qui a perdu sa mère. Les fonds qu’elle a négocié et obtenus du gouvernement congolais pour assister les compatriotes Défenseurs de Droits Humains en difficulté suite à la guerre de l’Est du pays à Kinshasa, dans d’autres provinces de la RDC et dans les pays de la région des Grands Lacs, ces fonds sont désormais sur la route d’être désaffectés par le ministre entrant.
Qui est Chambu Mwavita
Chantal Chambu Mwavita, née le 27 novembre 1969 à Kalehe en province du Sud-Kivu, grandit dans la ville de Goma en province du Nord-Kivu, où elle a œuvré pendant plusieurs années pour la défense des droits humains comme avocate à la Cour d’appel de Goma. Avocate de formation licenciée en droit à l’Université de Kinshasa, diplômée en droits de l’homme de l’Université catholique de Louvain-la-Neuve et titulaire d’un master en gestion et résolution de conflits de l’Université Kört Bosch de Sion, en Suisse elle s’engage aussi à travers son ONG Univers de Paix pour le Développement (UPD).
Pendant son mandat en tant que ministre des Droits humains (de mai 2024 à août 2025) sous la Primature de Judith Suminwa Tuluka, Chantal Chambu a :
- Contribué à l’élection de la RDC comme membre non permanent du Conseil des droits de l’Homme des Nations Unies pour le mandat 2025-2027, ce qui renforce sa visibilité internationale.
- Porté haut le plaidoyer pour la justice transitionnelle, aboutissant à ce que la RDC accueille pour la première fois le 9ᵉ Forum africain sur la justice transitionnelle, à Kinshasa du 30 septembre au 2 octobre 2025, sur le thème « Justice pour les Africains et les personnes d’ascendance africaine à travers les réparations ».
- Dénoncé, lors du Dialogue interactif renforcé du Conseil des droits de l’Homme de l’ONU, les violations massives des droits humains à l’Est du pays, notamment par les groupes armés et les forces rwandaises ou affiliées, avec des appels à la communauté internationale pour la réparation et la fin de l’impunité.
Aujourd’hui, malgré ces réalisations, Chantal Chambu Mwavita est régulièrement accusée par ses adversaires d’être proche du Rwanda, accusation qu’elle et ses partisans rejettent et considèrent comme une stratégie de discours politisé visant à discréditer son engagement en faveur des droits humains en RDC.