Au moment où la République Démocratique du Congo traverse une crise multiforme, marquée par les violences récurrentes à l’Est et les tensions politiques internes, la visite à Kinshasa du vice-Premier ministre belge, Maxime Prévôt, met en avant une vérité incontournable : la paix durable ne viendra pas seulement des efforts régionaux et internationaux, mais aussi et surtout d’un sursaut interne.
En appelant à l’impulsion d’un dialogue national, le chef de la diplomatie belge a rappelé que la cohésion sociale et politique est le socle sur lequel se bâtit toute cohésion territoriale. Sans elle, les initiatives extérieures qu’elles soient menées sous l’égide du Qatar, des États-Unis ou d’autres partenaires ne peuvent qu’apporter des réponses partielles aux maux qui rongent la nation congolaise.
L’évolution de la position du président Félix Tshisekedi est, à cet égard, notable. Autrefois réticent à l’idée d’un dialogue national inclusif, le Chef de l’État a fini par recevoir les propositions de la Conférence Épiscopale Nationale du Congo (CENCO) et de l’Église du Christ au Congo (ECC), réunies autour du projet de « Pacte social pour la paix et le vivre ensemble en RDC et dans la région des Grands Lacs ». Cette initiative traduit la volonté des églises de s’attaquer aux causes profondes des conflits, et non seulement à leurs manifestations armées.
Cependant, l’adhésion n’est pas unanime. La mise en place du Conseil Inter-Religieux Congolais (CIC), regroupant huit confessions religieuses, a permis d’élargir la réflexion. Les premiers travaux de ses experts soulignent la solidité des documents proposés par la CENCO et l’ECC, mais aussi leurs limites. Certaines sensibilités, notamment des Églises de réveil, pointent l’absence de références explicites à l’agression du Rwanda via le M23 ou aux acquis constitutionnels fondamentaux. Ces critiques ne doivent pas être vues comme un rejet, mais comme une opportunité d’amélioration et d’appropriation collective.
C’est là que réside le véritable défi : faire du dialogue un espace inclusif, critique et constructif, où toutes les forces vives de la nation politiques, religieuses, sociales, économiques et culturelles puissent se reconnaître. La paix ne se décrète pas à huis clos ni ne se délègue à des acteurs extérieurs. Elle se construit par une volonté partagée, par des compromis courageux et par une reconnaissance honnête des blessures du passé et du présent.
L’heure n’est plus aux demi-mesures. Si le dialogue national prend corps, enrichi des contributions des différentes confessions religieuses et des forces vives du pays, il pourra devenir plus qu’un simple forum : un pacte historique capable de restaurer la confiance, de consolider l’unité nationale et de tracer enfin le chemin vers une paix durable.
En RDC, la paix commence d’abord par la parole. Encore faut-il que celle-ci ne soit pas confisquée, mais réellement partagée.
John SHINDANO