L’opposant politique congolais Seth Kikuni a été interpellé ce samedi matin à son arrivée à l’aéroport international de N’djili, à Kinshasa, avant d’être conduit vers une destination inconnue, selon plusieurs sources concordantes. Le mouvement « Sauvons la RDC » a immédiatement dénoncé un « enlèvement » et réclamé sa libération immédiate.
Arrivé par un vol régulier de Kenya Airways en provenance de Nairobi vers 10h locales, Seth Kikuni a vu son passeport et ses téléphones confisqués par des agents de la Direction Générale des Migrations DGM. Il a ensuite été emmené par des hommes se présentant comme des agents de l’Agence Nationale de Renseignements ANR et de la DEMIAP, le service de renseignement militaire.
Ses collaborateurs, présents sur place, affirment avoir perdu tout contact avec lui peu après son interpellation. Aucune autorité n’a pour l’heure communiqué officiellement sur les motifs de cette arrestation.
Plusieurs sources indiquent que Seth Kikuni revenait du Kenya, où il avait participé à un conclave politique organisé par l’ancien président Joseph Kabila. Ce rassemblement, qui a réuni plusieurs figures de l’opposition et de la mouvance kabiliste, visait à définir une stratégie commune face au régime du président Félix Tshisekedi.
Seth Kikuni, président du parti Piste pour l’Émergence et co-président d’un cadre de concertation, est celui qui a lu la déclaration finale de ce conclave le 16 octobre. Il était par ailleurs le seul participant résidant encore en RDC, les autres vivant en exil.
Dans un communiqué publié le 18 octobre, le mouvement Sauvons la RDC a fermement condamné cette arrestation, la qualifiant d’« enlèvement » ordonné par le président Tshisekedi. Le collectif y voit « une violation flagrante des droits constitutionnels » et une « répression systématique contre toute voix discordante ».
L’ancien député Claudel André Lubaya a également réagi sur le réseau X (ex-Twitter), dénonçant un « acte d’enlèvement » et une « atteinte grave aux libertés publiques ».
Le mouvement tient le chef de l’État « personnellement responsable de tout acte portant atteinte à la vie ou à l’intégrité physique ou mentale » de Seth Kikuni, et appelle la communauté nationale et internationale à exiger sa libération.
Conscient des risques, Seth Kikuni avait publié vendredi sur X :
« Objectif du week-end : rentrer au pays et traverser la vallée de l’ombre de la mort sans rien craindre. »
Il ajoutait : « Je sais que je prends un risque. Mais ma présence n’est pas en exil. Je n’ai rien à me reprocher. Je suis un opposant. Je participe à une réunion politique. Il n’y a rien d’illégal. C’est un droit constitutionnel. »
Cette arrestation s’inscrit dans un contexte de regain de tensions politiques en RDC, à quelques mois des élections locales et sénatoriales. Plusieurs figures critiques du pouvoir ont fait l’objet d’interpellations ces derniers mois, suscitant l’inquiétude des défenseurs des droits humains et de la démocratie.
Le mouvement Sauvons la RDC, qui rassemble d’anciens responsables politiques et des acteurs de la société civile, appelle à « la cessation une fois pour toutes du harcèlement et des intimidations contre les membres de l’opposition et de la société civile ».