La ville d’Uvira, carrefour stratégique du Sud-Kivu, vit ce mardi une journée paradoxale, symptomatique des nouvelles méthodes de guerre hybride menées par l’AFC/RDF. Alors que le mouvement rebelle annonçait officiellement son retrait de la ville, une manifestation inhabituelle a envahi les artères de la cité. Décryptage d’une manœuvre où la propagande semble l’emporter sur la réalité du terrain.
Tout a commencé par la diffusion d’un communiqué officiel signé par Corneille Nangaa, coordonnateur de l’AFC. Ce document, qui a surpris de nombreux observateurs, ordonne le retrait des troupes rebelles de la ville d’Uvira, conquise il y a seulement quelques jours.
Le M23 justifie ce retrait par une volonté de “donner une chance à la paix” et de répondre aux exigences de la communauté internationale (notamment la récente pression américaine).
Le communiqué insiste sur le fait que l’objectif militaire a été atteint : “neutraliser la coalition FARDC-Wazalendo-FDNB”.

En se retirant “volontairement”, l’AFC tente de se donner le beau rôle, transférant la responsabilité de la gestion sécuritaire (et des potentiels chaos futurs) aux autorités de Kinshasa.
Cependant, ce communiqué ne doit pas être lu comme un aveu de faiblesse, mais comme un redéploiement stratégique. Quitter une ville hostile et difficile à tenir pour mieux consolider d’autres positions est une tactique classique de la guérilla.
C’est ici que la stratégie du M23 prend une tournure plus perverse. Quelques heures après l’annonce du retrait, des centaines de personnes ont défilé dans Uvira pour… demander aux rebelles de rester.
Comme rapporté par les témoins sur place, les manifestants brandissaient des calicots aux slogans très explicites : “Merci pour la libération”, “Non au retour des FARDC”, ou encore “L’AFC est notre sauveur”. Des participants, comme le nommé Freddy Mundeba, ont récité devant les caméras un discours bien rodé, affirmant ne pas être d’accord avec ce retrait.

La soudaineté de la manifestation et l’uniformité du matériel de propagande (banderoles imprimées, slogans identiques) trahissent une organisation centralisée. Dans une ville en proie à la guerre, où la survie est la priorité, une telle mobilisation spontanée pour soutenir un occupant armé est hautement improbable.
Contrairement à l’image que le M23 tente de projeter au monde via cette marche, les informations remontant du terrain indiquent une manipulation de masse.
Selon plusieurs sources locales indépendantes, la population n’a pas eu le choix. La méthode est connue dans les zones sous occupation : les cadres de base (chefs de quartier,…) sont intimidés et sommé de mobiliser leurs administrés. Le refus de participer est souvent assimilé à une “collaboration avec l’ennemi (les Wazalendo)”, passible de représailles sévères.

En forçant la population à manifester son “amour” pour les rebelles, le M23 cherche à atteindre deux objectifs :
Si le M23 part et que la population pleure, cela accrédite la thèse de Nangaa selon laquelle le gouvernement congolais est détesté.
Les images de cette marche sont destinées aux réseaux sociaux et aux chancelleries occidentales pour brouiller les pistes : “Regardez, nous ne sommes pas des terroristes, nous sommes des libérateurs réclamés par le peuple.”
Selon plusieurs sources concordantes et des alertes de la société civile, le mouvement a ordonné à une grande partie de ses combattants de troquer le treillis militaire pour la tenue civile.
En se fondant dans la masse, les rebelles deviennent invisibles. Ils ne se retirent pas vers des positions lointaines, mais s’installent dans les maisons, les commerces et les quartiers, armes dissimulées mais à portée de main.
Rester sur place permet de surveiller les “collaborateurs” supposés et d’identifier les réseaux de résistance.
Si l’armée régulière reprend la ville, elle fera face à un ennemi sans uniforme, rendant la distinction entre civil et combattant impossible. Cela risque de provoquer des bavures ou d’empêcher la sécurisation réelle de la zone.
Même sans patrouilles visibles, la population sait que “l’ennemi est parmi nous”. Cette présence fantôme maintient une pression psychologique constante, empêchant toute véritable libération des esprits.
Ce mardi 16 décembre restera marqué comme l’exemple type de la guerre moderne dans l’Est de la RDC. Le M23 ne se bat plus seulement avec des armes, mais avec des images.
En annonçant un retrait tout en forçant la population à le supplier de rester, le mouvement crée une confusion totale. La population d’Uvira, prise en étau, se retrouve instrumentalisée : victime des combats la veille, elle est aujourd’hui actrice forcée d’une pièce de théâtre tragique dont le scénario est écrit par ses propres bourreaux.
Alors que le retrait physique des troupes reste à confirmer, le M23 a déjà réussi son opération de communication : semer le doute sur la loyauté des citoyens envers l’État congolais.