La coalition Pamoja kwa Amani publie un nouveau Baromètre citoyen de la paix, de la sécurité et des droits humains au ton alarmant. Le document révèle une aggravation préoccupante de la situation à l’Est du pays, marquée par des affrontements intenses, des violations massives des droits humains et une crise humanitaire qui s’enlise.
« L’heure est grave et il faut agir pour sauver ce qui peut encore l’être », avertit la coalition.
Luhihi : un site minier fermé, des milliers de vies brises
Fin août, les autorités du mouvement rebelle AFC-M23 ont ordonné la fermeture du site aurifère de Lomera, à Luhihi (Kabare), entraînant l’expulsion forcée de plus de 30 000 creuseurs et commerçants. Cette mesure a paralysé l’économie locale et plongé des milliers de familles dans la précarité.
« Nos enfants ne vont plus à l’école », témoigne témoigne une commerçante à Kavumu. « Comment peut-on parler de libération quand on affame le peuple ? », s’indigne-t-elle.
Selon la C-PKA, plusieurs cas d’exécutions sommaires, d’arrestations arbitraires et d’enrôlements forcés ont été recensés dans la zone.
Depuis sa fermeture, une vingtaine de personnes sont déjà exécutées par des porteurs
d’armes, des soulèvements populaires manifestés, conduisant aux cas de justice populaire. Les droits humains piétinés et bafoués. Des personnes voulant forcer leur accès dans le site pour récupérer leurs biens, y sont inhumainement traitées par des militaires de l’AFC-M23 commis à la garde du site.Des sources locales affirment que des investisseurs étrangers, notamment chinois et rwandais, ont été vus sur place sous escorte rebelle.

« On parle d’une guerre politique, mais sur le terrain, c’est une guerre pour l’or et autres minerais», estime un acteur de la société civile à Kabare.
Paix en panne, guerre à plein régime
Alors que des pourparlers de paix se tiennent à Doha et Washington, la situation sur le terrain reste explosive. Pamoja kwa Amani fait état de 27 violations du cessez-le-feu en octobre dans les territoires de Walikale, Masisi, Walungu, Kabare et Mwenga.
Les FARDC ont intensifié les frappes aériennes, notamment sur le site de Twangiza, contrôlé par le M23. Objectif : priver la rébellion de ses ressources minières.
Un bilan humain accablant
Le baromètre recense 155 morts dans la province du Sud-Kivu pour le seul mois d’octobre. Les territoires les plus touchés sont Kabare, Bukavu et Fizi, où les meurtres, enlèvements et pillages se multiplient.
| Type d’incident | Nombre de cas |
|---|---|
| Personnes tuées | 95 |
| Corps sans vie retrouvés | 60 |
| Enlèvements / disparitions | 195 |
| Attaques signalées | 111 |
| Cas de justice populaire | 30 |
| Braquages recensés | 41 |
Les Wazalendo, de la résistance au chaos
La Coalition alerte sur le risque de chaos lié à la prolifération des groupes dits « Wazalendo ». Malgré le soutien du gouvernement, la C-PKA souligne le désordre total dans ce secteur, notant l’existence de plus de 65 généraux autoproclamés et de nombreux cas de recrutement d’enfants. Ces groupes sont accusés de multiples crimes, incluant tortures, meurtres, violences sexuelles, et l’assassinat d’un habitant en octobre à Katana.
« Le phénomène Wazalendo devient un monstre qu’on ne pourra plus maîtriser, On distribue des armes sans contrôle. Les civils en paient le prix. » alerte Clarisse Kambere, militante des droits humains de Bukavu.
Face à la dégradation du conflit, la coalition appelle le président américain Donald Trump, qualifié de « Président de la Paix », à exercer une pression diplomatique forte sur les belligérants.
La coalition dénonce également l’introduction d’un visa obligatoire par le M23 pour accéder aux zones qu’il contrôle, y voyant un pas vers la balkanisation du pays.
« Le M23 administre les territoires comme un État parallèle », analyse Aimé Katenga, chercheur en gouvernance locale.
Malgré le climat d’insécurité, Pamoja kwa Amani salue la création par l’ONU d’une Commission d’enquête indépendante sur les violations des droits humains au Nord et au Sud-Kivu. La coalition appelle les organisations partenaires à soutenir son Baromètre citoyen, véritable outil de plaidoyer communautaire.
« La paix ne viendra pas d’en haut ; elle se construira à partir des communautés blessées », conclut un membre du réseau Pamoja kwa Amani à Kalehe.
En guise de message final, la coalition rappelle que les richesses naturelles du Congo doivent devenir un moteur de paix et de développement.
« Les minerais de la RDC ne devraient plus être une malédiction, mais un levier de prospérité pour la région des Grands Lacs », plaide la coalition.