Prise de contrôle du M23 sur la SNEL : les droits des consommateurs s’effondrent à Goma et à Bukavu

L’avancée des rebelles du Mouvement du 23 Mars (M23) dans les provinces du Nord et du Sud-Kivu a plongé l’administration des services publics essentiels dans un chaos sans précédent. La Société Nationale d’Électricité SNEL est devenue un point de friction majeur, sa gestion étant désormais un champ de bataille entre l’autorité centrale de Kinshasa et le contrôle local imposé par le groupe rebelle. Cette situation expose les défaillances structurelles du monopole de la SNEL et laisse planer de graves questions sur le droit des consommateurs en zone de conflit.

Depuis l’entrée du M23 dans des villes stratégiques comme Goma et Bukavu, les rebelles ont effectivement pris le contrôle d’un grand nombre d’entreprises et de sociétés étatiques, y compris les installations de la SNEL. Les conséquences pour la population sont immédiates et douloureuses.

Les témoignages des habitants des zones sous contrôle du M23/RDF font état d’une dégradation du service client. Ces derniers sont contraints à des attentes interminables devant les bureaux de la SNEL, une situation rendue intenable par l’insécurité et les tensions permanentes.

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« Ça fait très mal de venir faire la queue devant leurs bureaux faute de maintenir le monopole alorsqu’il y a moyen d’attribuer la vente à d’autres sociétés qui peuvent aider à améliorer la vente du courant en ligne, surtout avec cette confusion ambiante, » confie un habitant de Bukavu, sous le couvert de l’anonymat par crainte de représailles.

L’article 26 de la Loi sur le secteur de l’électricité en RDC, bien que visant à libéraliser le secteur, n’a pas mis fin au monopole de facto de la SNEL dans la fourniture de courant à grande échelle dans ces régions. Pour les observateurs, continuer à laisser le monopole de la vente de l’électricité à la SNEL, même en période de conflit, contribue à la violation des droits des consommateurs. L’absence de concurrence et le manque de supervision gouvernementale efficace se traduisent par un service déplorable, des pannes récurrentes, et l’impunité face aux plaintes des clients.

Cette situation prend une tournure plus inquiétante avec l’ingérence directe du M23 dans les relations clients-fournisseur. Selon des sources locales, des éléments du M23 ont commencé à s’en prendre aux clients qui achètent leur électricité via le système central de Kinshasa.

« Des hommes du M23 viennent retirer les compteurs de ceux qui achètent le courant via Kinshasa. Ils les traitent de ‘rebelles’ aussi et affirment que la direction de Kinshasa est une ‘arnaque’ », rapporte un autre témoin à Bukavu.

Cette action est perçue comme une tentative du M23 de couper tout lien financier entre les agences locales de la SNEL et la direction générale à Kinshasa, affirmant ainsi son propre contrôle administratif et fiscal sur l’entreprise dans les zones occupées. Cependant, il est important de rappeler que le bureau central de la SNEL RDC se trouve bel et bien à Kinshasa. L’administration locale, sous l’emprise du M23, semble donc œuvrer à discréditer l’autorité légitime et à s’approprier les revenus de la société d’État.

Cette escalade montre le sort tragique des populations civiles prises entre le marteau de la guerre et l’enclume de la défaillance des services publics. Au-delà de préoccupations sécuritaires, la situation exige une réponse urgente.

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