On le retrouve à tous les coins de rue, dans les halls d’hôtels comme sur les places de village, et pourtant, le mot “bar” cache une histoire plus complexe qu’il n’y paraît. Ce lieu de convivialité, si familier aujourd’hui, tire son nom d’une évolution linguistique surprenante, entre voyage lexical, influences sociales et anecdotes toscanes.
Dans notre quotidien, le mot “bar” semble évident. Il désigne un lieu où l’on prend un café, un verre, un apéritif, seul ou entre amis. Mais d’où vient ce mot si court, si répandu ? Est-il d’origine anglaise, française ou italienne ? Pourquoi évoque-t-on une “barre” ? À travers ses allers-retours entre langues et usages, le mot “bar” raconte aussi une partie de notre histoire sociale et culturelle. Voici ce que nous savons, avec certitude, de ses origines.
Quelle est l’origine linguistique du mot “bar” ?
Le mot “bar” est attesté en français depuis les années 1830-1850. À cette époque, il est emprunté à l’anglais, où il désigne déjà un lieu où consommer des boissons, sous la forme “bar-room”. Ce composé anglais est formé à partir de bar, signifiant “barre”, et de room, “pièce”. L’idée derrière ce mot est simple : il s’agissait d’une pièce dans laquelle une barrière séparait le personnel des clients. Le mot “bar” a fini par désigner non plus la barre elle-même, mais l’établissement dans son ensemble. Mais l’histoire ne s’arrête pas là. L’anglais “bar” vient en fait de l’ancien français “barre”, mot qui désigne une tige ou une pièce longue, utilisée pour bloquer ou séparer. Ce mot est également présent dans le latin barra et dans les langues germaniques anciennes. Ainsi, ce que beaucoup perçoivent comme un anglicisme est en réalité un mot revenu en français après un détour par l’anglais, illustrant bien la manière dont les langues s’influencent mutuellement au fil du temps.
Pourquoi une barre dans un bar ?
À l’origine, dans les tavernes et établissements anciens, les clients n’étaient pas servis directement au comptoir comme aujourd’hui. Une rampe ou une barre, souvent en bois ou en cuivre, séparait l’espace de service de celui du public. On s’y appuyait pour consommer debout, sur des tabourets hauts, face au personnel derrière le comptoir. C’est cette structure, la barre physique, qui a donné son nom à l’établissement. On retrouve un usage comparable au Moyen Âge, dans les cours de justice, où une barrière séparait le juge des plaideurs. Ce lien symbolique entre séparation physique et autorité explique comment le mot a pu se propager à d’autres contextes, comme celui de la consommation de boissons. Avec le temps, la fonction de séparation est devenue secondaire : ce n’est plus la barre que l’on désigne, mais l’ensemble du lieu où l’on consomme, discute, vit.
Le bar, plus chic que le café ?
Lorsque le mot entre dans la langue française, il entre également en concurrence avec le mot “café”, déjà bien installé depuis le XVIIe siècle. Le mot “café”, apparu en 1642, désignait à la fois la boisson et le lieu où on la consommait. En revanche, le mot “bar”, plus récent, était initialement associé à des lieux plus luxueux, sans terrasse, souvent dans les hôtels ou les établissements américains. On y consommait debout, au comptoir, dans une ambiance différente de celle des cafés traditionnels. En France, cette distinction sociale a marqué la perception du mot : le bar, c’était la modernité, le style à l’américaine. Cette image a progressivement changé au XXe siècle, avec l’essor de bars de quartier et de lieux plus populaires. Néanmoins, l’idée d’un bar chic ou tendance reste attachée à certains types d’établissements, notamment dans les grands hôtels ou les bars à champagne.
D’autres hypothèses : mythe, étymologie populaire et version toscane
Comme souvent dans l’histoire des mots, plusieurs légendes circulent autour du mot “bar”. Une fausse étymologie populaire, notamment sur les réseaux sociaux anglophones, prétend que le mot viendrait de l’acronyme “Beer And Alcohol Room”. Cette théorie est séduisante, mais fausse. Il s’agit d’un acronyme inversé, construit a posteriori pour coller à une réalité moderne, sans fondement historique. À l’inverse, une hypothèse toscane, plus romanesque, avance que le mot BAR serait l’acronyme de “Banco A Ristoro”, c’est-à-dire un comptoir pour se restaurer. Selon cette version, ce serait un entrepreneur florentin, Alessandro Manaresi, qui aurait inventé le mot en 1898, en ouvrant le premier établissement de ce genre à Florence. Bien que cette origine soit difficile à vérifier, elle est parfois mise en avant en Italie comme une source locale du mot, dans un esprit patriotique assumé.
Ça m’intéresse par Koffi Serge.