À peine 72 heures après la signature à Washington d’un accord de paix censé marquer un tournant dans la crise régionale, un nouvel incident vient raviver les tensions entre le gouvernement congolais et la rébellion de l’Alliance Fleuve Congo (AFC/M23) soutenue par le Rwanda. Un aéronef s’est écrasé ce lundi 30 juin 2025 dans les hauteurs de Madegu, non loin de Minembwe, dans des circonstances qui restent encore floues.
Dans un communiqué publié dans la foulée, le mouvement rebelle AFC/M23 accuse les Forces Armées de la République Démocratique du Congo d’avoir délibérément bombardé un avion civil transportant de l’aide humanitaire destinée aux populations sinistrées de Minembwe. Selon ce groupe, l’appareil contenait des médicaments et des vivres de première nécessité, destinés à une population « traumatisée par une violence inouïe » depuis 2017. Pour l’AFC/M23, il s’agit d’un acte prémédité relevant d’une politique de nettoyage ethnique contre la communauté Banyamulenge.
En réaction, les FARDC dans un communiqué, l’aéronef a été détecté par leurs radars alors qu’il violait l’espace aérien national sans autorisation de survol. L’appareil, jugé suspect car non immatriculé, aurait été pris pour cible. Les FARDC affirment avoir agi pour préserver « l’intégrité du territoire national » et la sécurité aérienne, conformément aux normes en vigueurs.
Capté ce matin sur les onde de la Radio Okapi, Moïse Nyarugabo, ancien député national et notable Banyamulenge, remet en question la version gouvernementale et affirme que l’avion avait été affrété spécialement pour acheminer une cargaison de médicaments et de matériel médical aux habitants de Minembwe, confrontés à une crise humanitaire aiguë.
Cette affirmation est toutefois contestée par Samy Badibanga, administrateur du territoire de Fizi. Celui-ci rappelle que toutes les aides humanitaires transitent obligatoirement par des canaux officiels comme le CICR, Médecins du Monde ou les zones de santé locales. « Aucune livraison directe à Minembwe ne peut se faire sans coordination préalable », insiste-t-il.
Des sources locales à Minembwe confirment néanmoins que l’aéronef s’est écrasé dans une zone montagneuse isolée et non habité, et que les premiers éléments de l’enquête n’ont pas encore permis d’établir l’identité de l’équipage ni la nature exacte de la cargaison.
L’incident intervient alors que la situation humanitaire dans les zones occupée par le M23/RDF et celles occupées par les forces loyalistes dont les Hauts Plateaux reste critique. Plusieurs ONG nationales et internationales et les forces vives déplorent la suspension des opérations humanitaires dans la majorité de zones en raison des combats entre forces loyalistes, groupes armés et rebelles. Des structures de santé signalent une rupture de stock en médicaments essentiels et l’inaccessibilité de plusieurs localités.
Dès lors, une question se pose : comment un avion supposé humanitaire a-t-il pu survoler une zone de conflit sans en informer les autorités compétentes ni les instances de coordination humanitaires ?
Alors que l’accord de paix fraîchement signé devait initier un climat d’apaisement, ce nouvel épisode montre que la méfiance reste profonde, et que la route vers une paix durable est encore semée d’embûches.